Architecture du Tableau de Hab le hibou (2026)
Petit Précis Lexical
Introduction : Architecture du Tableau
L'architecture du tableau dans la peinture rythmostématique se présente comme suit :
- 1er problème : La Structure (ou ce que Gilles Deleuze appelle Couleur-Structure), que je qualifie de Couleur-Charpente ou Charpente du tableau, est traitée par l'instauration d'un lieu de couleur (Topos) de la rencontre : c'est le Topochrome. Le Topochrome est lui-même un espace hétérotopoplastique, c'est-à-dire un espace plastique déplacé dans le Vide Narratif.
- 2nd problème : La Couleur-Forme (voir Gilles Deleuze), ou ce que j'appelle Couleur-Silhouette ou Silhouette du tableau, est mise en place par une série de Raclures-Projections, dévoilant (dans un jeu de voilement/dévoilement) la Forme Ectoplastique. La Forme Ectoplastique est la rencontre des contours sans lignes, non localisés et non localisables, dévoilant ainsi une Silhouette, à savoir le second espace hétérotopoplastique : celui du Corps-Écran. Ce second espace hétérotopoplastique flotte dans le Vide Figural.
Lettre A
Aplat-Bande
L'Aplat-Bande est, selon Gilles Deleuze, une Couleur-Structure. C'est donc une couleur que, dans la peinture rythmostématique, j'appelle Couleur-Charpente. Elle est posée en aplat, à l'aide d'un gros pinceau et d'un rouleau, en couleur monochrome sur la toile au début du processus de peinture, pour constituer ce que j'appelle le Topochrome, lieu de la rencontre. L'Aplat-Bande est également une Raclure-Projection projetée, cette fois-ci, par des raclures — d'où son nom — dans une double direction, horizontale et verticale, par-dessus le Topochrome, et ce afin de réaliser la rencontre de la Forme Ectoplastique.
Lettre B
Brouillage Figural
Ce que j'appelle Brouillage Figural, c'est la situation presque géographique de mon diagramme. Gilles Deleuze donne, dans son cours sur la peinture, trois pôles du diagramme : un pôle extrême où le diagramme brouille tout (le Pôle Expressionniste), un pôle réduit au minimum à l'autre bout (le Pôle Abstraction du code), et au milieu, le pôle dit modéré (ni l'un ni l'autre) ou Pôle Figural.
Cette géographie des diagrammes m'inspire et me permet de placer mon propre diagramme entre les deux pôles expressionniste et figural, tout en n'étant ni l'un ni l'autre. Voilà ce que signifie réellement le Brouillage Figural : il est une figure brouillée, d'où sa technique ou son mode opératoire, à savoir rythmostématique. Il s'agit d'une figure brouillée, mais réalisée de façon systématique dans un rythme propre. Mon diagramme est donc Brouillage Figural quant à sa situation géographique, et rythmostématique quant à sa manière d'être.
Lettre C
Charpente du Tableau
La Charpente du tableau est le premier problème de l'architecture du tableau. Elle guide et aide l'œil du visiteur à bien voir pour mieux regarder, c'est-à-dire pour penser. Dans la peinture rythmostématique, je dresse cette charpente en installant, par ma peinture, ce que j'appelle le Topochrome comme lieu de la rencontre, tout en éliminant les clichés du déjà-vu de la toile. De cette façon, je passe de la toile au tableau.
Ce monochrome peint sur la toile devient un espace hétérotopoplastique invitant le spectateur à la rencontre. Il tient sur cette toile comme Couleur-Structure ou Charpente qui, selon Georges Bataille, fait la peinture moderne, à savoir : « Tache, Couleur et Mouvement ».
Cliché
Comme le Cliché est partout, et qu'il est surtout sur la toile, il constitue une forme intentionnelle de l'artiste selon Gilles Deleuze. Deleuze disait : « Je ne peux réaliser la forme intentionnelle [...] qu'en luttant contre le cliché, en le faisant passer par la catastrophe (le diagramme)... »
Pour réaliser ce diagramme — ou, si vous voulez, ce Factum Pictural —, je propose d'installer le Topochrome tout en éliminant l'ensemble des clichés d'un seul coup : c'est la méthode du Factum Pictural rythmostématique. Elle consiste à peindre par un Aplat-Bande monochrome la totalité de la toile afin d'y installer un Topochrome, espace hétérotopoplastique de la rencontre. Cet espace hétérotopoplastique du Topochrome est le lieu de la rencontre des forces (horizontales et verticales) qui donnent à penser par le regard, car le cliché est un déjà-vu qui ne donne pas à penser.
Corps-Écran
Le Corps-Écran est un cri artistique (Cri-Méduse) répondant à la question : « Qu'est-ce que le percept du corps aujourd'hui ? » La réponse est : le Corps-Écran, cet espace hétérotopoplastique de notre époque.
« Le corps est toujours ailleurs. Il est lié à tous les ailleurs... », disait Michel Foucault. Il ajoutait plus loin : « Le miroir et le cadavre... c'est grâce à eux que notre corps n'est pas simple utopie. » Or, aujourd'hui, le meilleur miroir de notre corps n'est-il pas l'écran dans toutes ses variétés (télévision, cinéma, smartphone, etc.) ? Nous sommes devenus un Corps-Écran.
Cri-Méduse
Ce que j'appelle le Cri-Méduse, c'est mon double cri artistique. Pourquoi Méduse ? Pour la simple raison que le tableau La Méduse du peintre Le Caravage m'inspire beaucoup ; c'est un clin d'œil à ce grand maître. Le Cri-Méduse est un cri gestuel de la rencontre de la main libérée de l'œil avec l'« espace-signal » (voir Gilles Deleuze) de la toile.
À la question : « Pourquoi faire de la peinture aujourd'hui ? », la réponse est double :
- « Esse est Esse met » (Être, c'est être rencontré) : C'est le Cri-Méduse philosophique.
- « Qu'est-ce que le percept du corps aujourd'hui ? » : C'est le Cri-Méduse artistique.
Le Cri-Méduse est un thème majeur de la peinture rythmostématique.
Lettre E
Espace-Déjà-Vu
Une toile vierge est un espace de déjà-vu des clichés. C'est un Espace-Déjà-Vu ou, pour Gilles Deleuze, un « espace-signal ». Dans la peinture rythmostématique, le passage de la toile (Espace-Déjà-Vu des clichés) au tableau (Espace-Présence du pas-encore-regardé de la chose en elle-même) se fait par l'instauration du Topochrome et le dévoilement de la Forme Ectoplastique, dans le double Vide Narratif et Vide Figural.
Espace Hétérotopoplastique
L'idée m'est venue de Michel Foucault et de son Hétérotopologie (ces espaces autres dont parle aussi Gilles Deleuze). Dans la peinture rythmostématique, cet espace s'articule ainsi :
- L'Espace Hétérotopoplastique est d'abord et avant tout un espace plastique déplacé dans le Vide Narratif du Topochrome, cet espace de la rencontre.
- L'Espace Hétérotopoplastique est, dans un second temps, un espace plastique se déplaçant — c'est-à-dire rencontrant — sur le Vide Figural de la Forme Ectoplastique, ce corps-silhouette de la Présence.
Ainsi, l'artiste instaure par sa peinture son propre Espace Hétérotopoplastique (le Tableau) sur l'espace quelconque de la toile (Espace-Déjà-Vu).
Espace-Nu (ou Spatium-Nudium)
Ce que j'appelle l'Espace-Nu ou Spatium-Nudium me vient d'un tableau du peintre Marc Desgrandchamps. C'est une bande blanche, non peinte, prélevée sur la réserve de la toile (ou Bande-Réserve). Ce que je cherche à explorer, c'est cet espace creusé par voilement/dévoilement dans le Topochrome à l'aide d'un ruban de masquage (scotch), pour en faire un espace dans l'espace et ainsi multiplier les espaces.
Espace-Présence
Ce que j'appelle Espace-Présence n'est autre que le Tableau, cet étrange objet d'étrangeté qui se donne à regarder dans la rencontre du percept. Un tableau est un Espace-Présence, un pas-encore-regardé de la chose en elle-même. C'est un espace de « L'Ouvert » (voir Bergson), un lieu de la rencontre où l'artiste propose son propre Espace-Présence au regard. Il s'agit d'un fait artistique. Passer de la toile au tableau, c'est, pour moi, toujours proposer un espace de conscience augmenté.
Lettre F
Factum Pictural
Le philosophe Gilles Deleuze parle de Chaos-Germe ou de Catastrophe-Germe au début de ses cours sur la peinture, avant d'adopter le terme de « Diagramme » emprunté au peintre Francis Bacon. Deleuze parle également de Datum et de Factum (le donné et le fait). Pour ma part, je retiens le terme de Factum auquel j'adjoint l'adjectif Pictural : un Fait Pictural.
Pour moi, un Factum Pictural est ce qui ressort de propre, d'original et d'authentique dans l'art d'un peintre sur sa toile, et qui transforme une simple toile du déjà-vu en un Tableau-Présence. Mon diagramme, c'est-à-dire mon Factum Pictural, est celui du Brouillage Figural s'appuyant sur la technique rythmostématique.
Forces
« S'il n'y a pas de forces, il n'y a pas de tableau », disait Gilles Deleuze. Les Forces sont invisibles ; c'est seulement si elles sont déformées qu'elles deviennent visibles et dévoilent leur visibilité (voilement/dévoilement). Il y a deux forces majeures dans la peinture rythmostématique qui se rencontrent dans une lutte de formation/déformation : la Force de Projection et la Force d'Inertie.
- La Force de Projection : Elle est un regard-écho de la pensée. Dans ma peinture, elle s'incarne à travers le cri de la main qui projette la couleur horizontalement en se libérant de l'œil. Le regard projectif du primitif Ghourri représente cette force de projection horizontale.
- La Force d'Inertie : Elle est un voir qui s'incarne dans la fausse certitude du préjugé. Elle incarne l'axe vertical du voir sans trop penser. C'est un œil enraciné dans ses certitudes, d'où les notions de verticalité, de terre et de forces telluriques.
La Rencontre de la Force Horizontale de Projection et de la Force Verticale d'Inertie se fait dans la lutte de formation/déformation de la Forme Ectoplastique, silhouette du et dans le tableau.
Forme Ectoplastique
Avec le Topochrome, la Forme Ectoplastique est l'un des deux seuls éléments qui constituent le tableau en tant qu'Espace-Présence. Elle est le rendez-vous des forces. Tout est double dans la peinture rythmostématique, car il faut être deux pour qu'il y ait rencontre.
La Forme Ectoplastique est un fantôme plastique, un ectoplasme de couleurs — d'où son nom — et un Vide Figural sur lequel se déplace l'Espace Hétérotopoplastique du Corps-Écran. Cette forme spectrale devient un espace hétérotopoplastique où se rencontrent les forces horizontales de projection et les forces verticales telluriques de l'inertie, en perpétuel devenir. C'est une coupe de Durée (selon Bergson), un Rythmos (selon Deleuze), c'est-à-dire une lutte des forces dans une forme en devenir : le percept de la présence dans la présence du percept.
Lettre G
Ghourri
Le Ghourri est un personnage imaginaire purement artistique. C'est un être primitif (le Primitif Numérique) que j'ai imaginé durant mes périodes Ghourri Art et Ghourri Smart Art. Il incarne « L'Authentique », le « Primitif », « La Chèvre » ou l'homme préhistorique qui contemple le monde d'aujourd'hui. Le Ghourri reste toujours présent dans ma peinture rythmostématique.
Lettre P
Percept
Le Percept s'articule, selon Gilles Deleuze, avec deux autres notions : l'Affect et le Concept. Pour ma part, je les articule plutôt selon la chronologie suivante :
- Premier temps (L'Affect) : Le visiteur voit — c'est le voir du percevoir — une structure externe de couleur/lumière et de forme/ligne sur une toile qu'il rencontre. C'est le déjà-là de la rencontre qui nous affecte. On se demande alors : « Qu'est-ce que c'est ? »
- Second temps (Le Percept) : C'est le moment du « prends garde » (ou prendre garde du regard), le penser du voir qui nous donne à penser dans la rencontre. C'est le pas-encore-pensé du concept. Le Percept est la présence de la chose en elle-même qui nous regarde à son tour dans cet « Être-Tableau » (le regardeur regardé). Le Percept nous dévoile la Présence du percept : « Qu'il y a un monde », c'est la Conscience !
- Troisième temps (Le Concept) : C'est le moment de penser le Concept philosophique du déjà-là de cette rencontre.
Ainsi, le Percept nous ouvre un double espace de conscience : celui du percept de la présence de la chose en elle-même dans une présence du percept-monde. Le Percept est une conscience visuelle par le regard qui nous dévoile la pensée du concept. L'art nous offre cet espace de conscience augmenté grâce au Percept. Il est un « pas-encore » de la pensée, suivant cet ordre strict : Affect, Percept, Concept. Il y a donc le percept de la présence dans la présence du percept.
Lettre R
Raclure-Projection
La Raclure-Projection est cet Aplat-Bande qui dessine, par des contours sans lignes, la Forme Ectoplastique. C'est un geste, un cri gestuel de la main se libérant de l'œil. Comme son nom l'indique, la Raclure-Projection est une projection néantisant toute figuration classique afin de créer le Vide Figural dans la figuralité de la non-figure de la Forme Ectoplastique.
Rencontre (ou La Rencontre)
La Rencontre est un concept de Hab le hibou, artiste peintre, inspiré de Gilles Deleuze et de Baruch Spinoza.
(Note de l'auteur : Les développements philosophiques complets sont disponibles sur mon blog : https://rencontrehablehibou.blogspot.com/)
(Note de l'auteur : Les développements philosophiques complets sont disponibles sur mon blog : https://rencontrehablehibou.blogspot.com/)
Rythmostématique
Qu'est-ce que le Rythmostématique ? C'est le terme qui, pour qualifier ma peinture, annule et remplace l'ancienne appellation de « Peinture : Nouvelle Cuisine ». La peinture rythmostématique est une peinture du diagramme (au sens de Deleuze) et du Brouillage Figural.
Le mot se compose de deux dimensions techniques :
- Une technique rythmique (Rythmos) : C'est la première technique du rythme du tableau, créant une forme toujours en devenir. Elle est la respiration de la Lumière.
- Une technique schématique ou stématique (Stema) : Une approche minimaliste et simple de la Forme Ectoplastique qui flotte dans le tableau. Elle est quand à elle, la vibration de la Couleur.
La peinture rythmostématique est donc une peinture à la fois Rythme (Rythmos) et Schéma (Stema).
Lettre S
Silhouette
La Silhouette correspond au second problème de l'Architecture du Tableau : « Comment sauver la forme singulière de l'objet, la chose en elle-même dans le tableau ? » demandait Gilles Deleuze. C'est ce qu'il nomme la Couleur-Forme, et que j'appelle la Silhouette.
Pour ma part, la Silhouette est la toute première forme tracée par l'Homme Primitif (le Ghourri) sur les parois rocheuses et les grottes du Hoggar, de l'Atlas et d'ailleurs. C'étaient les Temps Magiques, à l'ombre des ancêtres protecteurs, où seule importait la forme dégagée par la lumière du soleil, indistincte de l'opacité imaginaire du mythe.
Dans l'Architecture du Tableau, la Charpente est traitée par l'instauration du Topochrome (espace hétérotopoplastique du Vide Narratif), tandis que la Silhouette est matérialisée par la rencontre des Aplat-Bandes dévoilant la Forme Ectoplastique à travers les Raclures-Projections (l'autre espace hétérotopoplastique, celui du Vide Figural).
Lettre T
Topochrome
Le Topochrome est l'espace à la fois topologique et chromatique de la rencontre. L'utilisation du monochrome y intervient comme un « Espace Autre » (au sens de Foucault et Deleuze), c'est-à-dire un Espace Hétérotopoplastique.
- Dans un premier temps, cet espace topologique (Topos) efface les clichés de la toile pour y installer un horizon chromatique de tension monochrome, réduisant toute narration au silence et créant un Vide Narratif.
- Dans un second temps, cet espace chromatique capture les forces de la rencontre qui se croisent dans « L'Ouvert » (Bergson) du tableau, afin d'y dévoiler le second espace hétérotopoplastique — celui du Corps-Écran —, à savoir la Forme Ectoplastique. Il instaure ainsi un Vide Figural pour révéler le percept de la présence dans la présence du percept.
Lettre V
Vide Figural
Le Vide Figural est dévoilé par l'Espace Hétérotopoplastique qui déforme toute figure et toute figuration pour la réduire à une simple Silhouette stématique, dans une pure Présence. Comme le rappelait Gilles Deleuze : « Un tableau n'a rien à raconter, un tableau n'a rien à figurer. »
Vide Narratif
« Un tableau n'a rien à raconter, un tableau n'a rien à figurer », disait Gilles Deleuze. Le Factum Pictural de la peinture rythmostématique s'inspire de cette pensée cardinale autour de laquelle s'organise tout mon travail artistique : créer ce double vide (narratif et figural). Le Vide Narratif est installé à travers l'horizon chromatique de tension colorée du Topochrome, qui réduit toute narration au silence pour favoriser la rencontre.
